
Le curseur clignote dans une case vide, et je viens de me rendre compte que je ne sais pas où atterrit ce fichier une fois le bouton 'envoyer' cliqué. Mes compétences informatiques, celles que je pensais solides après des années de secrétariat, viennent de prendre un coup dans cette recherche d'emploi qui s'étire sans fin, et je mesure d'un coup tout ce que la bureautique administrative a changé sans que j'aie suivi le mouvement, ni suivi la moindre formation continue depuis longtemps. Sur l'annonce ouverte à côté, il est question d'outils collaboratifs et de flux numériques, un vocabulaire qui me donne l'impression de lire une langue apprise ailleurs que dans mon métier.
Sur mon CV, la ligne 'maîtrise de Word' faisait presque sourire, comme si j'annonçais savoir tenir un stylo. Une annonce pour un poste dans un cabinet médical exigeait la maîtrise d'outils dont je n'avais jamais entendu parler à mes débuts, et j'ai eu la sensation de rester sur le quai pendant que le reste du monde du travail prenait le train sans moi.
Avant ça, j'avais essayé de copier un modèle de CV repéré sur un forum d'emploi, persuadée qu'un format qui avait marché pour quelqu'un d'autre me sortirait du silence. Le résultat n'a rien changé : mêmes candidatures parties dans le vide, même impression de présenter une version de moi qui ne collait à rien de précis. Le crissement du papier sous le bic rouge, à corriger une énième fois une ligne de ce CV emprunté, m'a convaincue qu'il fallait arrêter de piocher les mots des autres.
Le vertige d'un CV qui ne suffit plus
Une amie qui court tous les dimanches le long des quais m'a lancé, un jour où je ruminais devant l'écran : 'Tu ne vas quand même pas rester bloquée sur Word toute ta vie ?' Elle avait raison. Je suis allée un mercredi après-midi à la médiathèque Toussaint, pendant un atelier numérique gratuit, pour tester mon niveau réel sur la plateforme Pix. J'ai découvert, en ramant sur les premiers modules, que je ne savais même pas gérer les droits d'accès d'un document partagé, moi qui étais pourtant la plus rapide à la dactylo à l'époque.

Les après-midi suivants, j'ai enchaîné les tutoriels gratuits sur mon vieil ordinateur, dont le ventilateur s'emballait dès que j'ouvrais trop d'onglets à la fois. C'était le bruit de mes efforts, ou celui d'une machine aussi essoufflée que moi. Comprendre comment circule l'information m'a semblé plus utile que d'essayer de devenir informaticienne : apprendre à cliquer sur 'partager' sans redouter la catastrophe a changé plus de choses que je ne l'aurais cru.
Et si la lacune n'était pas technique ?
Microsoft Excel restait le morceau le plus intimidant. Pour moi, c'étaient de simples cases pour dresser des listes, jusqu'au jour où j'ai réalisé qu'une seule feuille de calcul pouvait contenir bien plus de lignes que je n'en utiliserais jamais dans toute une carrière. Ce vertige m'a appris que mon retard n'était pas technique, il était d'usage : je n'avais pas besoin de remplir des milliers de cases, seulement de savoir en extraire trois informations utiles sans y passer la journée.
Une certification bureautique comme TOSA, avec son échelle de score que regardent de plus en plus de recruteurs à Angers, m'a donné un objectif concret plutôt qu'un vague projet de 'progresser un peu'. Viser un score correct m'a sortie de la navigation à vue, et j'ai repris ma méthode pour adapter mon CV à chaque annonce pour y glisser ces nouveaux mots, non pour frimer, mais pour montrer que je parlais enfin la même langue que les recruteurs.
Automatiser au lieu de tout réapprendre
Automatiser de petites tâches plutôt que complexifier est devenu mon mot d'ordre. Créer une règle automatique dans ma boîte mail pour trier les factures, ou relier un formulaire en ligne à un tableau simple, m'a pris moins de temps que d'apprendre un logiciel entier, et ça a suffi à changer le ton de mes entretiens. Au lieu de dire 'je connais tel logiciel', j'ai commencé à dire que je pouvais faire gagner deux heures par semaine en automatisant la réception des formulaires, et le regard en face de moi n'était plus le même. Un CV administratif ne se limite pas à des logiciels, d'ailleurs : les qualités humaines qui l'accompagnent comptent aussi, sans qu'il faille les étaler sur toute une rubrique.

Si vous en êtes à ce stade, l'article sur comment refaire son CV sur Canva reste un bon moyen de pratiquer ces outils visuels sans se sentir submergée, et l'occasion de revoir aussi les rubriques d'un CV administratif, celle des compétences en tête, pour qu'elles disent enfin quelque chose de précis.
La formation continue a changé mon discours en entretien
Vers la dixième semaine de ces efforts, on m'a demandé en entretien de raconter mon parcours, cette question qui me donnait d'habitude l'impression de bafouiller avant même la première phrase. Cette fois les mots se sont enchaînés sans hésitation, et mes mains sont restées posées sur la table au lieu de triturer une manche. Ce n'est qu'en repartant que j'ai remarqué l'absence de la boule au ventre qui suivait d'habitude ce genre de question.
Le fil qui relie ces semaines, c'est qu'aucun logiciel ne remplace la décision de ne plus se laisser intimider par un écran qu'on ne comprend pas encore. J'aurais pu rester bloquée sur une seule ligne du CV, celle qui disait juste 'maîtrise de Word', en pensant que la technique seule ferait la différence. Ce qui a vraiment tourné la page, c'est d'accepter de ne pas tout savoir et de le dire tout haut, plutôt que de le cacher derrière un mot vague sur un CV.
Cette recherche d'emploi a changé la façon dont je parle de mes compétences informatiques, sans les enjoliver ni les cacher, et il est plus facile de mieux gérer le silence après un entretien d'embauche quand on sait qu'on a, quelque part, avancé.