
Je clique sur « Modifier le profil », je referme l'onglet, je le rouvre trente secondes plus tard : mon profil LinkedIn ressemble à une salle d'attente vide, une photo qui date d'un mariage de famille et deux lignes sèches sur mon ancien poste, pendant que ma recherche d'emploi patine et que je me dis, comme sans doute toute assistante administrative sans réseau, que ce bouton bleu ne sert à rien pour ma visibilité numérique.
Pendant des mois, envoyer mes candidatures un vendredi soir en espérant un coup de fil dès le lundi n'avait jamais rien donné, et j'avais fini par comprendre que le problème ne venait pas seulement des CV partis dans le vide : toute ma présence en ligne était invisible. J'avais déjà raconté comment j'ai commencé à chercher un emploi à Angers sans réseau après la dissolution de mon équipe ; LinkedIn restait la case que je repoussais, persuadée qu'un profil sans réseau ne sert à rien. En regardant Philomène Sauget, une ancienne collègue de cette même équipe, s'y prendre à sa façon, j'ai fini par voir qu'il existe en réalité deux manières bien différentes de construire ce profil — et qu'elles ne demandent pas la même énergie.
Deux profils LinkedIn possibles quand on n'a aucun réseau
La première façon consiste à traiter le profil comme une pièce administrative : chaque champ rempli, chaque ligne pesée, presque un dossier client. La seconde mise sur la visibilité numérique plutôt que sur l'exhaustivité — se faire lire et remarquer avant même d'ajouter qui que ce soit. Aucune des deux ne suffit à elle seule, mais si le temps manque, mieux vaut démarrer par la première : elle continue de travailler pendant qu'on dort. Si c'est la présence qui fait défaut, la seconde comble le trou plus vite.
Remplir la fiche comme un dossier administratif
Mon métier, c'est l'organisation, alors j'ai fini par traiter ce profil comme une base de données à remplir méticuleusement plutôt que comme un réseau social qui m'intimidait. Le titre professionnel, juste sous le nom, tolère jusqu'à 220 caractères ; au lieu de me limiter à « Assistante administrative », j'ai utilisé tout l'espace pour préciser la gestion d'agenda, la facturation et l'accueil clients, avec Angers en toutes lettres. La section « Infos » offre jusqu'à 2600 caractères, et je n'en ai pas écrit autant — je déteste toujours les murs de texte, y compris sur un CV, comme je l'ai raconté ailleurs — mais j'y ai mis ce que je fais vraiment plutôt qu'une liste froide de tâches, en repartant d'un brouillon imprimé couvert de ratures au stylo rouge, celui que je pliais et dépliais entre deux relectures.

La photo a été une autre petite humiliation : mon fils me l'a prise devant le mur blanc du salon, en essayant de ne pas avoir l'air prise au dépourvu. LinkedIn recommande un format de 400x400 pixels pour que l'image reste nette, et un profil avec photo est consulté jusqu'à 21 fois plus qu'un profil sans. La section compétences accepte jusqu'à 50 entrées, et j'ai rempli les miennes une par une — facturation, relance clients, suite Office, accueil téléphonique — chaque mot étant une chance de plus d'être repêchée par l'algorithme. Sur le fil de discussion où j'avais croisé Magelonne Fouard — on y démontait des erreurs de mise en page, elle depuis Namur, moi depuis Angers, portées par la même recherche effrénée — quelqu'un s'étonnait qu'on remplisse autant de champs ; elle, toujours à l'aise avec les outils bureautiques, avait tranché que chaque champ vide est une porte fermée pour l'algorithme.
La visibilité se construit ailleurs que par les contacts
Après plusieurs semaines de silence malgré ce profil tout neuf, j'ai compris que je faisais fausse route en cherchant à ajouter des inconnus à tout prix — sans réseau, chaque demande de connexion a des airs de mendicité. J'ai arrêté d'envoyer des invitations froides et j'ai commencé à suivre les entreprises qui m'intéressaient autour d'Angers, puis à commenter leurs publications avec autre chose qu'un « bravo » poli : une remarque sur la gestion des priorités, un mot sur le suivi administratif, bref, la preuve que je comprenais leurs problèmes avant même qu'on me propose un entretien. Ça rejoint ce que j'avais fini par comprendre en apprenant à mettre en avant mes soft skills sur mon CV administratif sans trop en faire : sur LinkedIn aussi, c'est la personnalité qui crée le lien, pas la liste de tâches.
Philomène, elle, a pris l'autre chemin : plus patiente que moi de nature, elle a passé du temps à peaufiner sa fiche avant de la publier, sans se presser vers les commentaires ou les abonnements aux entreprises. Le long des quais de la Maine, où l'on se retrouve parfois pour marcher entre deux candidatures, elle m'explique qu'elle préfère que le trou dans son parcours soit déjà expliqué noir sur blanc dans la section « Infos » plutôt que découvert en entretien — une façon de traiter la pause professionnelle avant qu'on ait à la justifier à l'oral. Relancer une candidature sans nouvelles reste un autre problème, un autre réflexe à travailler ; ici, il ne s'agissait que de la fiche elle-même, de ce qu'elle raconte avant même le premier échange.
Le dernier refus que j'ai reçu pendant cette période, je l'ai lu au volant avant de démarrer, et pour la première fois, aucune larme n'est montée, juste un calme un peu sec, presque professionnel, comme si le refus concernait quelqu'un d'autre. Ce n'était pas le profil LinkedIn qui avait tout changé d'un coup ; c'était la somme des deux méthodes, la mienne et celle de Philomène, qui avait fini par déplacer quelque chose.
Comment choisir entre les deux versions du profil
S'il fallait trancher, je dirais ceci : commencez par la fiche complète, la version dossier administratif, surtout si votre recherche d'emploi manque déjà de temps — c'est elle qui travaille pendant qu'on dort. Ajoutez la version « visibilité », les commentaires, les entreprises suivies, dès que le silence dure depuis plusieurs semaines malgré un profil déjà soigné, parce que c'est elle qui crée l'occasion plutôt que d'attendre qu'on nous trouve. Une lettre de motivation personnalisée reste un exercice à part, propre à chaque candidature ; le profil, lui, travaille pour toutes en même temps, et c'est bien pour ça qu'il mérite qu'on s'y attarde une fois pour de bon.
Aujourd'hui, ce profil n'est plus une source de stress mais un outil qui tourne sans moi certains jours. Je ne suis pas devenue une experte du recrutement, loin de là — simplement quelqu'un qui a fini par comprendre comment dire, à défaut d'un carnet d'adresses fourni, qu'elle est assistante administrative et qu'elle cherche. Le jour où ce profil attire un premier regard sérieux, la suite logique consiste à préparer ses réponses aux questions d'entretien les plus fréquentes — mais ça, comme souvent ici, c'est une autre histoire.