
Un matin gris d'avril, devant ma tasse de café tiède sur la table de la cuisine à Angers, mon curseur clignotait sur l'en-tête de mon document. Fallait-il inscrire noir sur blanc « Assistante administrative – 80 % » sous mon nom, ou allais-je saborder mes chances avant même que quiconque n'ait pris le temps de lire ma première ligne ?
Après la dissolution brutale de notre petite équipe, je me retrouvais propulsée sur le marché du travail pour la première fois depuis une éternité. Mon précédent poste s'était construit sur mesure au fil des années, mais là, je repartais d'une page blanche. Pour des raisons d'équilibre personnel et familial, je ne souhaitais plus repartir sur les 35 heures de la semaine légale. Mon objectif tournait autour de 28 heures hebdomadaires, le rythme classique d'un quatre cinquièmes, voire le plancher légal de 24 heures qui constitue la durée minimale pour un contrat à temps partiel en France. Le problème, c'est que je ne savais absolument pas comment formuler cette exigence sans avoir l'impression de tendre un bâton pour me faire battre.
Le réflexe coupable d'en faire une confession
Au tout début, la culpabilité guidait chacun de mes choix de mise en page. J'avais cette impression tenace et absurde d'arriver avec un handicap, comme si demander un aménagement horaire pour un poste de gestion administrative revenait à prévenir l'employeur que je serais deux fois moins investie que les autres. Alors, j'essayais maladroitement de compenser.
Un mardi matin en avril, j'ai passé plus d'une heure à tenter de caser une explication boiteuse dans le petit paragraphe d'introduction de mon profil. Je me perdais dans des formules embarrassées, cherchant à rassurer avant même d'avoir suscité le moindre intérêt. Je me souviens particulièrement de ce brouillon de lettre où j'avais rédigé trois lignes hésitantes pour justifier mon absence le mercredi, raturé rageusement au stylo bille en réalisant à quel point cela sonnait comme une excuse d'écolière prise en faute. Pourquoi raconter ma vie privée à des inconnus qui cherchaient simplement quelqu'un pour trier leurs relances et mettre de l'ordre dans leurs dossiers d'achats ?

Le résultat de ces premières tentatives ne s'est pas fait attendre. J'envoyais des candidatures bardées de précisions horaires, et en retour, je récoltais un silence absolu. Pas un appel, pas même un accusé de réception automatique poliment impersonnel. Dans les PME angevines où je postulais, la permanence téléphonique, le classement du courrier et le suivi de facturation demandent de la présence. En affichant d'emblée mes contraintes horaires en lettres capitales sous mon nom, je donnais aux recruteurs une excellente raison d'écarter mon dossier en dix secondes pour passer au suivant, sans jamais évaluer mes quinze années de métier.
Pourquoi vous ne devriez surtout pas mentionner le temps partiel sur votre CV
C'est vers la mi-juin, en discutant autour d'un thé avec une ancienne collègue qui avait elle aussi traversé cette traversée du désert, que le déclic s'est produit. En relisant mon dossier, elle m'a dit sans détour : « Nadia, tu vends tes indisponibilités avant même de vendre ce que tu sais faire. » Elle avait totalement raison. Un curriculum vitæ n'est pas un contrat de travail ni une fiche de souhaits d'emploi du temps ; c'est une vitrine professionnelle.
J'en suis venue à une conviction ferme que beaucoup de manuels d'embauche évitent d'aborder : ne mentionnez surtout pas le temps partiel sur votre CV. La raison est redoutablement simple : l'invitation à l'entretien reste votre unique levier réel pour négocier cet aménagement en fonction de la valeur que vous apportez. Sur le papier, face à cinquante profils reçus par mail, une mention « temps partiel » ou « 28 heures » n'est perçue que comme une complication logistique par celui qui trie les candidatures. En face-à-face, c'est une simple modalité d'organisation entre deux professionnels qui se découvrent.
Lorsque vous cherchez quel titre mettre sur son CV administratif pour être enfin rappelée, votre seule mission consiste à prouver que vous maîtrisez la gestion des plannings, la relation fournisseurs et les logiciels comptables. L'étiquette horaire n'a rien à faire dans votre en-tête. Elle n'apporte aucune compétence supplémentaire, elle ne démontre aucun savoir-faire : elle dresse juste une barrière artificielle avant même la première prise de contact.
Gérer la question du temps allégé au bon moment
Après trois semaines d'attente silencieuse, j'ai entièrement purgé mes documents de toute référence à mes volontés de volume horaire. J'ai remis en avant mes réalisations : la réduction des impayés, la réorganisation complète d'un système d'archivage physique et numérique, l'accueil des clients les jours de forte affluence. Le changement a été immédiat. Dès lors que mon document se concentrait sur mes capacités opérationnelles, mon téléphone a enfin recommencé à sonner.
Mais alors, que fait-on quand l'échange débouche sur une rencontre ? C'est précisément là que tout se joue. Pendant des mois, j'avais peur de passer pour quelqu'un de malhonnête en ne prévenant pas dès l'envoi du dossier. En réalité, personne ne vous reprochera de discuter des conditions pratiques une fois l'adéquation professionnelle validée. Durant l'entretien, après avoir parlé des besoins du service et montré que j'avais cerné leurs urgences quotidiennes, la question des disponibilités arrive naturellement sur la table.

Au lieu de plaider ma cause sur un ton défensif, j'ai appris à formuler ma demande comme une proposition de structure organisationnelle :
- Poser un cadre net : annoncer calmement le volume recherché (par exemple 28 heures réparties sur quatre journées fixes), sans s'épancher sur des motifs personnels ou familiaux qui ne regardent pas l'employeur.
- Démontrer l'efficacité : expliquer comment une assistante rodée accomplit souvent sur quatre jours ce qu'un profil moins expérimenté peine à boucler en 35 heures, grâce à une méthode de tri rigoureuse.
- Anticiper les urgences : préciser comment les transmissions de dossiers s'organisent pour les demi-journées d'absence, notamment pour le suivi des relances et la réception des factures.
En abordant les choses sous cet angle, l'aménagement horaire cesse d'être une doléance. Il devient une solution concrète. Pour bien des structures locales, embaucher une gestionnaire confirmée sur un temps partiel bien ciblé revient bien moins cher que de maintenir un temps complet sous-occupé.
Trouver le courage de négocier d'égal à égal
Changer ma posture m'a demandé de désapprendre des années d'automatismes où je pensais devoir tout accepter pour mériter ma place. Dans un précédent texte où je racontais ma réalité pour accélérer sa recherche d'emploi après des mois d'attente, j'évoquais ce sentiment d'urgence qui nous pousse parfois à commettre des maladresses par simple peur du lendemain.
Cesser d'afficher mon besoin de temps partiel sur mon CV m'a redonné le contrôle du dialogue. Quand un recruteur vous a en face de lui, qu'il apprécie votre calme, votre maîtrise de ses outils et la clarté de vos réponses, la question de savoir si vous partez à seize heures ou si votre vendredi est libéré devient un simple paramètre de négociation. C'est votre valeur sur le terrain qui emporte l'adhésion, jamais les mentions restrictives glissées en haut d'une feuille A4.